L’ostracisme ordinaire en France
En France, dans les classes sociales les plus défavorisées, certains français expliquent leurs difficultés par : « c’est la faute des arabes/étrangers/wokes ».
Mais une intuition ne vaut rien tant qu’elle n’est pas vérifiée par des faits.
On peut ainsi s’attendre à ce qu’un politique sérieux fasse l’effort d’analyse et de nuance que ne veut pas faire cette personne croisée sur la place du marché. Autrement dit qu’il apporte des contre-arguments, ou en l’occurrence ici, des arguments plus sérieux sur la portée de ces tensions dans la société française.
Le cas Ruffin
On a ici l’exemple typique d’un politique qui, plutôt que d’apporter une analyse utile, va reprendre bêtement les thématiques entendues sur la place du marché.
Évidemment, cet article n’a pas pour objet de discréditer tout ce qu’à fait et continue de faire François Ruffin, et notamment son travail d’enquête journalistique passé et sa dénonciation des inégalités économiques qui constitue la partie majeure de son action politique.
La Bande-Dessinée de Ruffin
Quand j’ai vu les vignettes de cette bande dessinée, j’ai légitiment cru que le dessinateur se moquait de Ruffin en caricaturant ce dernier.
Mais non. C’est bien Ruffin qui a validé ces dessins douteux et aurait écrit cette histoire.
Le passage problématique
Ruffin est dans le train. Le train est bloqué. Ruffin va voir ce qui se passe. Une dame de type africain est aux prises avec des contrôleurs. Un homme de type arabe harangue les contrôleurs. Super Ruffin résout la situation et le train peut partir. L’homme de type arabe présente ses excuses à Super-Ruffin pour son comportement vindicatif et le remercie.

BD validée par François Ruffin donc.
Malheureusement pour Super Ruffin, l’homme vindicatif est réapparu est a donné sa version des faits (https://www.youtube.com/watch?v=xEr_9shMBYs).
La dame ne parle pas français et ne comprend pas ce que les contrôleurs très désagréables lui veulent. Felix -français « de souche » avec une barbe- s’agace du comportement des contrôleurs qu’il juge irrespectueux et s’en plaint.
Super Ruffin, quant à lui, ne serait en fait qu’un homme pressé, qui se fiche de l’injustice et veut juste voir le train partir.
Le fait que François Ruffin ait besoin d’inventer une scène pour confirmer des intuitions exposées comme faits par certains français exprime le contraire de qu’il veut démontrer.
S’il n’est pas capable de trouver de véritables exemples factuels de tension, de les chiffrer, sont-ils si important que ça ? Ou sont-ils grossis afin de détourner l’attention de sujet de fonds comme la redistribution des revenus ?
Ruffin a choisi un sujet clivant et douteux
François Ruffin a peut-être « croisé beaucoup de français qui lui disent que … » et en a conclu que c’était un sujet clé sans prendre aucun recul.
Peut-être que la majorité des français qui lui sortent « c’est la faute des arabes/étrangers/wokes » se doutent que cet argument est fallacieux. Peut-être qu’eux même froncent les sourcils quand ils lisent ses anecdotes inventées.
Peut-être que ces français essaient simplement de trouver une excuse acceptable pour qu’on en donne moins aux autres et par conséquent qu’on leur en retire un peu moins. 1
Que « l’autre » serve de bouc émissaire à ceux qui rencontrent des difficultés économiques n’est pourtant pas une hypothèse originale.
Au delà du fait que le sujet de la ‘guerre culturelle’ ne soit pas prioritaire, l’approche maladroite et superficielle de François Ruffin le discrédite fortement et tend à le faire passer pour un opportuniste plutôt qu’un homme politique sérieux et responsable.
Éviter le bourbier, se concentrer sur les questions de fond
François Ruffin, qui est parfaitement au fait des difficultés économiques rencontrés par ces populations, gagnerait certainement à éviter les polémiques inutiles sur des sujets sensibles pour mettre en avant la résolution des inégalités.
Le sujet clivant de la culture n’est peut-être pas aussi important et l’aborder -et ce d’autant plus de cette façon peu rigoureuse- est faire le jeu de ceux qui l’utilisent comme diversion pour ne pas discuter des inégalités.
En donnant place -une place minime dans son action politique, il faut de nouveau le noter- à la ‘guerre culturelle’, il s’aliène bêtement une grande partie de la gauche et dévie l’attention des sujets de fond qu’il maîtrise que sont les inégalités économiques.

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